Écrivez au provost

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À : Bureau du provost <provost@yorku.ca>
Cc : Bureau de la présidente, Conseil d’administration (Secrétariat de l’Université), Antonio Di Domenico, Christine Silversides, Helen Brennagh, Andy Chan, Frank Fazzari, Alicia Pinter, Peter Tsasis, Jennifer van Wijngaarden

Madame la Présidente intérimaire Philipps,
Madame la Rectrice intérimaire Bay-Cheng,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil des gouverneurs de York,

Je vous écris pour exhorter l’Université York à maintenir le Collège Glendon en tant que Faculté unique et campus distinct, plutôt que de donner suite à la proposition d’intégrer les programmes et le corps professoral de Glendon aux facultés du campus Keele.

Glendon n’est pas une simple collection de programmes, de cours ou de postes professoraux que l’on peut redistribuer à l’échelle de l’Université York. Glendon est un campus et une communauté universitaire bilingue distincte. Son cadre physique, sa population étudiante tissée serrée, les liens qui unissent étudiants et professeurs, son milieu bilingue et sa tradition interdisciplinaire en arts libéraux forment ensemble une expérience éducative que le simple déplacement de certains cours de Glendon vers Keele ne saurait reproduire.

J’estime que York devrait garder Glendon ouvert et distinct, tout en cherchant des moyens de renforcer sa viabilité académique et financière.

L’une des plus grandes forces de Glendon est le sentiment d’appartenance que créent sa taille et son environnement physique.

À Glendon, les étudiants connaissent leurs professeurs, et les professeurs connaissent leurs étudiants. Les étudiants de différents programmes se côtoient régulièrement. Le campus favorise des échanges entre disciplines, entre langues et entre années d’études qui seraient beaucoup plus difficiles à recréer sur le campus Keele, beaucoup plus vaste.

Cela ne compte pas seulement pour les étudiants qui étudient en français ou dans des programmes bilingues. C’est aussi un avantage important pour les étudiants en arts libéraux de langue anglaise. Un petit milieu interdisciplinaire d’arts libéraux donne aux étudiants anglophones l’occasion de côtoyer des étudiants francophones et bilingues, de découvrir d’autres traditions intellectuelles et de participer à une communauté universitaire véritablement plurilingue. Les étudiants peuvent profiter du caractère bilingue de Glendon sans être eux-mêmes francophones ni inscrits à un programme en français.

La valeur de cette expérience ne saurait se réduire au nombre de cours pouvant être offerts en français. La communauté elle-même fait partie de la formation que Glendon dispense.

Si Glendon devenait un simple centre bilingue ou un ensemble de programmes logés sur le campus Keele, ce milieu unique disparaîtrait. Un cours en français offert à Keele n’équivaut pas à des études sur un campus bilingue où le français et l’anglais font partie du quotidien universitaire et social.

La restructuration proposée semble tenir pour acquis que la mission académique de Glendon peut être préservée en transférant ses programmes et son corps professoral aux Facultés correspondantes de Keele, tout en continuant d’offrir des cours en français.

Or, il y a une différence importante entre préserver certains cours de Glendon et préserver Glendon lui-même.

En tant que Faculté distincte dotée de son propre campus, Glendon offre à ses étudiants une expérience sans pareille : un lieu où ils peuvent étudier les arts libéraux en français et en anglais, au sein d’une communauté suffisamment intime pour qu’il soit possible d’y nouer des liens durables avec leurs pairs et leurs professeurs. À Glendon, la taille des classes permet aux professeurs de connaître chacun de leurs étudiants et d’entretenir ces liens d’un trimestre à l’autre. Ils peuvent concevoir des évaluations plus riches et adapter le matériel de cours aux intérêts de groupes particuliers. Les étudiants peuvent plus facilement faire entendre leur voix dans les discussions en classe et ont davantage d’occasions d’apprendre de leurs pairs. D’après mon expérience, la communauté distincte et hautement solidaire de Glendon cultive l’excellence chez ses étudiants.

Là où York voit dans l’existence de Glendon comme campus distinct et dans ses classes plus petites des inefficacités à éliminer, j’y vois des forces sur lesquelles York devrait miser pour stimuler la croissance des inscriptions et revitaliser le campus. À une époque où l’intelligence artificielle transforme le marché du travail, les compétences et les liens que permet une formation de qualité en arts libéraux prennent plus de valeur que jamais.

De plus, trop de questions demeurent sans réponse quant à la faisabilité de la proposition de York. Comment les cours et les programmes seront-ils intégrés aux départements apparentés de Keele? Qu’adviendra-t-il des cours interdisciplinaires qui ne relèvent pas clairement d’un seul département? Comment garantira-t-on aux étudiants que les cours et les programmes auxquels ils tiennent continueront d’exister?

Les étudiants méritent d’y voir clair quant à leur avenir. On suppose qu’ils deviendraient éventuellement des étudiants de la faculté de Keele correspondant le mieux à leur majeure de Glendon. Qu’adviendrait-il des étudiants déjà en cours de programme? Conserveraient-ils l’accès à l’ensemble des cours actuellement offerts à Glendon? Qu’adviendrait-il des étudiants inscrits à des programmes interdisciplinaires ou propres à Glendon? Par ailleurs, rien n’indique que les étudiants actuels et futurs de Glendon souhaiteront poursuivre leurs études à York s’ils doivent perdre la communauté qui les a d’abord amenés à choisir Glendon.

L’argument financier mérite lui aussi un examen plus approfondi. L’Université fait face à des pressions financières compréhensibles, et toute discussion sur l’avenir de Glendon doit les prendre au sérieux. Il n’en demeure pas moins que la justification financière de l’élimination de Glendon comme campus distinct doit être examinée avec soin et en toute transparence.

Si York entend continuer d’utiliser le campus Glendon comme espace académique, il importe de savoir quelle part des économies prévues par la restructuration serait réellement réalisée. Si les salles de classe, les laboratoires, les bureaux, la bibliothèque, les espaces étudiants et les autres installations de Glendon demeurent en usage, l’Université continuera vraisemblablement d’assumer une bonne partie des coûts d’entretien et d’exploitation de ce campus.

L’Université devrait donc rendre compte de façon transparente des coûts qu’elle prévoit économiser en éliminant Glendon comme Faculté distincte, par rapport aux coûts qui subsisteraient si le campus Glendon continuait d’être exploité comme espace académique. Elle doit également tenir compte des coûts supplémentaires liés au déplacement ou à l’intégration du corps professoral, des programmes, des cours et des services à Keele, des coûts du maintien d’une programmation bilingue à Keele et des répercussions financières prévisibles de tout réaménagement futur ou de toute autre utilisation de la propriété de Glendon.

Sans ces renseignements, il est difficile pour la communauté de Glendon d’évaluer si l’élimination du campus constitue réellement la solution la plus avantageuse sur le plan financier.

Une question fondamentale se pose aussi quant à l’avenir du campus lui-même. Si les programmes et le corps professoral de Glendon sont transférés à Keele, quel est le plan à long terme de l’Université pour la propriété de Glendon?

Si York entend continuer d’utiliser Glendon à des fins d’enseignement et de recherche, cela renforce l’argument en faveur de son maintien comme campus et communauté distincts. Si l’Université entend plutôt réaménager, vendre, louer ou réaffecter des parties de la propriété, la communauté mérite également la transparence sur ces projets. L’Université ne devrait pas se prononcer sur l’avenir académique de Glendon sans se prononcer clairement sur l’avenir du campus physique.

Compte tenu de ces préoccupations, je demande respectueusement à l’Université :

1. de garder Glendon ouvert en tant que campus physique et Faculté distincts;

2. de préserver les programmes existants, la communauté professorale et la communauté étudiante de Glendon;

3. de reconnaître le milieu interdisciplinaire et tissé serré de Glendon comme un atout éducatif à part entière;

4. de reconnaître la valeur que Glendon apporte aux étudiants en arts libéraux de langue anglaise, notamment par leur participation à une communauté universitaire bilingue et plurilingue;

5. de fournir une explication détaillée des répercussions de la restructuration proposée sur les étudiants actuels et futurs de Glendon;

6. d’expliquer comment les cours et le corps professoral de Glendon seraient intégrés aux Facultés de Keele sans que leur identité académique ni leur disponibilité en souffrent;

7. de publier une analyse financière transparente montrant les économies réelles que procurerait l’élimination de Glendon comme Faculté distincte, y compris les coûts qui subsisteraient si le campus Glendon demeurait en usage académique;

8. de présenter un plan clair pour l’avenir de la propriété et des installations de Glendon;

9. de consulter véritablement les étudiants, le corps professoral, le personnel, les diplômés et l’ensemble de la communauté de Glendon avant de prendre toute décision qui modifierait fondamentalement ou éliminerait Glendon en tant qu’institution distincte.

Glendon ne doit pas être considéré comme une simple structure administrative que l’on peut réorganiser par souci d’efficacité. Glendon est un lieu, une communauté et une Faculté qui offre une expérience éducative distincte.

Sa taille humaine permet aux étudiants de tisser des liens avec le corps professoral et entre eux. Son milieu bilingue permet aux étudiants – francophones, francophiles, bilingues et anglophones – d’apprendre les uns des autres. Sa tradition en arts libéraux crée un environnement interdisciplinaire de plus en plus rare au sein d’une grande université.

Ces qualités ne se transfèrent pas aisément à Keele.

J’exhorte donc l’Université York à préserver ce qui existe déjà et à garder Glendon ouvert, distinct et florissant, comme partie intégrante de l’Université York.

Plutôt que de se demander comment les programmes de Glendon peuvent être absorbés par Keele, York devrait se demander comment l’Université peut miser sur les forces distinctives de Glendon et en faire profiter une communauté étudiante encore plus large.

Cordialement,
[Nom]
[Lien avec Glendon/York, le cas échéant]
[Programme / Département / Année, le cas échéant]

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